Les réseaux sociaux, nouveaux influenceurs politiques ?

Il ne vous a certainement pas échappé que la FRANCE est fébrile, sur le plan politique, puisque se tient actuellement l’élection à la magistrature suprême. La grande télénovela quinquennale est à son paroxysme en cet entre deux tours de l’élection présidentielle. Le “je-t’aime-moi-non-plus-mais-j’ai-besoin-de-toi” bat son plein. Dans l’ensemble, les têtes d’affiche de la campagne - à savoir les courants politiques - n’ont que peu changé, la logistique est peu ou prou la même, les alliances conservent leur logique.

En revanche, en 2012, le Web vient requalifier les stratégies. Vecteur désormais de choix, aux côtés de la télévision, de la presse, de la radio et de l’affichage, Internet affirme son poids dans les tactiques médiatiques des candidats mais aussi dans la couverture de l’élection par les journalistes, la ferveur des militants et dans l’activité digitale du grand public. Outre les vitrines officielles que sont les sites Web, les réseaux sociaux de masse sont devenus des canaux de choix de par l’immédiateté et l’engagement qu’ils provoquent.

 Facebook, Twitter, demandez le programme !

Au sein des états majors, les équipes gérant le digital sont désormais étoffées et choyées. Et leur budget plus garni. Ne pas être présent sur Facebook et Twitter, en 2012, risquerait de faire passer nos politiques pour des has been. A une époque où l’information est continue et ubiquitaire, les candidats se frottent les mains de pouvoir encore occuper le terrain quand télévision et radio sont éteintes et les journaux consommés. Ces deux réseaux ont les avantages notables suivants :

>Fédérer des communautés (alliés, militants, sympathisants, journalistes, blogueurs, …)

>Toucher des milliers sinon des millions de votants

>Délivrer un discours bien plus direct aux atours plus authentiques, peut-être plus populaires

>Pouvoir informer et répondre vite mais aussi donner une caisse de résonnance à la mobilisation

 Sur Twitter, notamment, la diffusion du discours, des idées et valeurs trouve toujours un écho rapide, qu’il soit favorable ou défavorable. Avoir sa virtrine sociale, c’est aussi faire de la pédagogie. Ou de la démagogie, c’est selon.

Le marketing politique dit merci aux réseaux sociaux

Les politiques trustent TwitterLe débat politique se joue aussi sur FacebookLe marketing politique, si l’on simplifie, a pour objectif d’influencer le comportement des électeurs. Lorsque l’on sait que, parmi les grands axes de celui-ci, l’image, la promotion et la répétition sont essentielles, on peut très vitre établir des corrélations avec les réseaux sociaux qui offrent une tribune aux personnalités politiques pour dérouler, amplifier, et faire rebondir leur projet, leurs idées et promesses. Cependant, l’excellent article La visibilité politique sur les réseaux sociaux, publié par l’IAB, insiste sur la communication bien trop souvent verticale des partis politiques sur des médias où, par nature, l’échange, le débat, la contradiction doivent être anticipés et même privilégiés a fortiori en politique, un domaine aux thèmes et réactions passionnels. Face à des internautes de plus en plus partie prenante dans les échanges et le viral, le marketing politique doit éviter l’écueil de trop formater les publications.

Bref, le marketing politique doit paradoxalement s’abstenir de trop marketer pour, de préférence, encourager l’échange et l’adaptabilité. Les responsables politiques ne peuvent espérer avoir le beurre et l’argent du beurre : a contrario des médias traditionnels via lesquels ils touchent un public passif mais non dangereux, sur les réseaux sociaux ils font face à un public actif, certainement plus engagé, mais prennent le risque de voir leur discours parasité voire villipendé. Car le citoyen peut de nos jours établir des analyses contradictoires à celles promues par les autorités politiques.

Les réseaux sociaux à l’écran, l’influence au tournant ?

En cette période politique riche sur le plan digital, les réseaux sociaux peuvent-ils encourager ou, au contraire, infléchir les votes ? Sébastien JEHANNO, Président du Mouvement des Jeunes Socialistes du Morbihan intérrogé récemment par Ouest France, déclare “préférer le vrai dialogue, le vrai contact particulier [...] du terrain” mais reconnaît que les réseaux sociaux sont “[...] utiles pour toucher un public que l’on ne trouve pas ailleurs” tout en souhaitant que “Twitter suscite un débat à long terme”. Ronan Loas, Président des Jeunes UMP du Morbihan pense, quant à lui, “[...] qu’il est possible de mobiliser les gens et que ça permet de faire passer des infos”.

S’il semble que l’influence des réseaux sociaux est encore marginale, la population digitale étant somme toute finalement peu encline à faire de la politique sur la toile, l’élection actuelle aura mis en exergue un phénomène intéressant, à savoir la perméabilité de ces médias avec la crainte de voir diffuser les résultats avant 20 heures. C’est ainsi que le 22 avril dernier, jour du premier tour, le hashtag #radiolondres a particulièrement fait parler de lui sur Twitter, outil semble-t-il privilégié par les observateurs que sont les internautes. Sous couvert de ne pas dévoiler les tendances, notamment évoquées par les médias belges et hélvétiques, les Twittos ont rivalisé de messages codés, dont certains particulièrement farfelus, pour tout à la fois souligner les tendances en termes de résultats et tourner en dérision l’omerta imposée par les pouvoirs publics sous peine de sanction. C’est ainsi qu’on a vu fleurir des tweets tels que “Météo pour le soir il fera 27° aux Pays-Bas, 25° en Hongrie, 16° en Allemagne, 13° en Russie à peu de choses prêt” ou encore “Un camion déménageurs bretons garé devant l’Elysée”. Avec pour résultante de nombreux papiers dans la presse du lendemain aux côtés des articles dédiés aux résultats.

Si l’expression “influenceurs politiques” est certainement prématurée pour qualifier les réseaux sociaux, il est à parier que les réseaux sociaux seront plus que jamais le cheval de bataille de l’e-réputation des partis et des hommes dans les prochaines années. Les Community Managers des différents partis vont, en outre, devoir rivaliser d’efficacité pour fédérer et fidéliser tout en encourageant une communication bien plus horizontale entre l’audience et les politiques. Comme dans le privé, le marketing politique va devoir s’adapter, muter.

Sébastien JEHLEN | MCI Part Time 2010/2011

3 Comments

  1. Fabien Fournillon

    Bonne synthèse de la situation Sébastien,
    Je retiens en tous les cas deux choses à propos de ton intéressant billet. Les partis politiques sont aussi contraints d’évoluer comme toute organisation. On parle aussi de communication horizontale pour l’entreprise. Ce qui est vrai pour l’entreprise est tout à fait transposable aux partis politiques. Les récentes élections nous montrent aussi qu’il y a deux France. L’une qui attendaient encore devant son poste TV à 20heures et l’autre qui « Twittait ». Paradoxalement, on peut constater que la fracture générationnelle est bien moins importante lorsqu’il s’agit de politique et d’usage des réseaux sociaux. C’est une des vertus de cette élection.

    • Sébastien JEHLEN

      Merci de ton commentaire tout à fait pertinent, Fabien.
      Je rebondis sur ton propos relatif à l’élection présidentielle : selon moi, il y aura un avant et un après l’élection 2012, notamment en ce qui concerne Twitter.
      Bien à toi.

  2. Dans ce 2e cas, attention a l’exception des mots commencant par le son [j] comme yes, qui est considere comme une consonne en anglais : c’est donc a qui sera utilise, et non pas an, comme pour a